Des batteries qu’on imprime comme une pièce mécanique, couche après couche, et qui sortent directement dans la forme voulue. Le sujet n’est plus un gadget de labo, il touche déjà un point dur de l’industrie: le stockage d’énergie, coincé depuis des années entre contraintes de sécurité, formats imposés et fabrication lourde. La promesse est double. D’un côté, l’additif réduit la matière perdue et ouvre la porte à des architectures internes plus efficaces. De l’autre, des acteurs misent sur des batteries solides imprimées en 3D, avec des couches déposées sans les étapes classiques de coulée, d’enduction ou d’empilement. Sur le papier, ça change la performance, mais aussi la manière de concevoir des appareils et des véhicules.
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Rahul Panat améliore l’électrode avec une microlattice poreuse
Le nerf de la guerre, ce n’est pas seulement la chimie, c’est l’architecture. Le professeur Rahul Panat et des chercheurs ont développé une méthode d’impression 3D d’électrodes formant une microlattice à porosité contrôlée. Le principe vise un problème très concret des batteries lithium-ion: une partie du volume d’électrode reste inutilisée. Selon Panat, dans une batterie classique, 30 à 50% du volume total d’électrode ne sert pas vraiment au stockage.
Avec une structure poreuse en 3D, le lithium peut pénétrer plus efficacement dans le volume, ce qui augmente l’utilisation de l’électrode. Résultat attendu: une meilleure capacité et des vitesses de charge-décharge plus élevées, parce que le transport des ions devient moins « bouché » par une géométrie trop compacte. Pour un petit appareil, ça se traduit potentiellement par plus d’autonomie à taille égale, ou par une batterie plus petite pour la même autonomie, ce qui libère de la place pour d’autres composants.
Point intéressant: la méthode ne se limite pas à l’extrusion d’un « fil » de matériau, souvent utilisée dans les tentatives d’impression 3D de batteries. Ici, l’approche assemble rapidement des gouttelettes, une par une, pour bâtir des formes impossibles à obtenir avec des procédés d’extrusion continus. Dit autrement, on ne fait pas juste une pièce en 3D, on sculpte les chemins internes où circulent les ions. La nuance critique, c’est que la performance dépendra aussi de la répétabilité industrielle, pas seulement du prototype réussi.
Sakuu imprime des batteries solides Kavian pour repenser l’auto
Une autre voie mise sur la batterie solide, et sur la fabrication elle-même. Sakuu présente une plateforme d’impression 3D propriétaire, Kavian, pensée pour produire des batteries solides en s’affranchissant des formats classiques, poche rectangulaire ou cylindre. L’idée est simple à comprendre: si on peut imprimer les couches, on peut aussi choisir la géométrie finale, intégrer des vides, des canaux, voire des éléments de refroidissement directement dans la forme de la cellule.
Ce changement de géométrie a un effet domino sur le design des véhicules. Une batterie n’est plus un « bloc » qu’on empile, elle devient une pièce qui épouse une contrainte d’architecture. Dans un véhicule électrique, ça peut aider à optimiser l’intégration, la rigidité, la gestion thermique, ou la répartition des masses, sans rester prisonnier d’un module standard. Sakuu insiste aussi sur un procédé à sec, ce qui vise à réduire certaines étapes et à alléger l’empreinte de fabrication, en limitant le gaspillage et l’usage de solvants.
La promesse est séduisante pour les ingénieurs et les industriels, mais il y a une question qui fâche: l’industrialisation à grande échelle. Imprimer, c’est flexible, mais la production automobile exige des volumes, des coûts maîtrisés et une qualité constante. La plateforme met en avant la possibilité d’imprimer des anodes en lithium métal et des motifs de cathode directement sur des substrats, mais la bascule vers des lignes capables de fournir des millions de cellules reste le juge de paix. On tient peut-être une nouvelle usine, pas encore une nouvelle norme.
La fabrication additive réduit les déchets et ouvre des designs sur mesure
Au-delà des annonces, l’intérêt des batteries imprimées en 3D tient à une logique industrielle: la fabrication additive dépose la matière là où elle sert, au lieu de découper, enduire et jeter des chutes. Dans les procédés classiques, la production implique souvent des étapes multiples, avec des rebuts et une empreinte d’usine plus lourde. L’additif promet des lignes plus compactes et moins de matière perdue, ce qui parle autant aux directions industrielles qu’aux responsables environnement.
L’autre rupture, c’est la personnalisation. Les sources évoquent des batteries aux formes arbitraires, ce qui colle à des besoins réels: petits appareils, capteurs, objets compacts où chaque millimètre compte. Si on peut adapter la batterie à la coque, on réduit les volumes morts. Et si on peut adapter la structure interne, on joue sur le compromis puissance, capacité, vitesse de charge. C’est la même logique que l’impression 3D dans l’aéronautique, quand une pièce optimisée remplace un assemblage de plusieurs composants.
Il faut garder une nuance: « sur mesure » ne veut pas dire « gratuit ». La diversité de designs peut compliquer la qualification, les tests de sécurité et la standardisation, surtout dès qu’on parle de transport et de réglementation. Les batteries solides sont souvent présentées comme plus sûres que les cellules à électrolyte liquide, mais la sécurité finale dépend aussi de la fabrication, des défauts, et du contrôle qualité. Si l’additif réduit les déchets, il doit aussi prouver qu’il réduit les défauts, sinon l’avantage industriel s’évapore.

Je suis passionné par l’univers de l’impression sous toutes ses formes, de l’impression classique aux technologies 3D et 4D les plus innovantes. À travers mes articles, je partage des analyses claires, des conseils pratiques et des décryptages accessibles pour aider les lecteurs à mieux comprendre ces technologies, leurs usages et leurs évolutions, aussi bien dans un cadre personnel que professionnel.