Un matériau souple pensé pour l’impression 3D montre des performances mécaniques rarement réunies dans la même famille de polymères. À Lausanne, une équipe de l’EPFL décrit des élastomères granulaires à double réseau, des encres caoutchouteuses dont l’architecture interne améliore à la fois la résistance à la rupture et la tenue aux contraintes répétées. L’étude complémentaire, publiée dans Science Advances, met en avant un contrôle mécanique jugé sans précédent pour des pièces imprimées. Le résultat intéresse autant la recherche que l’industrie, car les élastomères sont souvent victimes d’un compromis : les matériaux très tenaces finissent par accumuler des microdommages sous cyclage, tandis que ceux qui résistent bien à la fatigue peuvent rompre lors d’étirements excessifs ou de chocs. L’EPFL avance que sa structure à deux réseaux permet de mieux répartir la contrainte, ce qui ouvre des pistes pour des pièces souples plus fiables.
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Les DNGE de l’EPFL s’appuient sur deux réseaux complémentaires
Le principe des DNGE repose sur une organisation interne en deux réseaux distincts. D’un côté, des particules d’élastomère granulaires, de l’autre, un élastomère plus souple qui les relie. Cette combinaison vise à modifier la façon dont l’effort se propage dans la pièce. Selon la professeure Esther Amstad, les deux réseaux se répartissent la contrainte mécanique, ce qui rend l’ensemble plus résistant.
Cette architecture n’a pas été conçue au départ pour battre des records de durabilité, mais pour servir d’encres d’impression 3D capables de produire des structures aux propriétés finement ajustées. L’intérêt, dans un contexte de fabrication additive, est de pouvoir imprimer des géométries complexes en conservant une réponse mécanique maîtrisée. Pour des pièces souples, la répétabilité et la précision des propriétés comptent autant que la forme.
La nouveauté tient au fait que ce même choix d’architecture apporte un bénéfice inattendu : une résistance simultanée à la rupture et à la fatigue, deux critères souvent antagonistes dans les élastomères. La logique est pragmatique : si la contrainte se concentre moins dans un seul réseau, la pièce limite les amorces de rupture tout en retardant l’accumulation de dommages sur des cycles de sollicitation, typiques des usages réels.
Des tests rapportent jusqu’à 15 fois plus de résistance à la rupture
Lors des essais, les DNGE optimisés ont affiché une résistance à la rupture jusqu’à 15 fois supérieure à celle d’élastomères comparables. L’équipe rapporte aussi une résistance à la fatigue jusqu’à trois fois plus élevée. Ces ordres de grandeur sont notables dans un domaine où les gains se paient souvent par une perte sur un autre paramètre, comme l’allongement admissible ou la sensibilité aux défauts.
La rupture et la fatigue correspondent à deux modes de défaillance différents. La rupture survient lors d’un étirement excessif ou d’un choc, quand une fissure se propage rapidement. La fatigue, elle, progresse à bas bruit, sous l’effet de contraintes mécaniques répétées qui créent et agrandissent des dommages. Les sources rappellent ce point de vigilance : les élastomères résistants à la rupture accumulent souvent des dommages sous cyclage, ce qui réduit leur durée de vie.
Une nuance reste indispensable : des résultats de laboratoire ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir une longévité industrielle. Les performances peuvent varier selon la géométrie imprimée, la qualité de l’impression et la manière dont une pièce est chargée en service. Le fait de parler d’élastomères comparables pose aussi une question de périmètre, car la référence dépend des formulations et procédés retenus. Le gain annoncé demeure un signal fort, mais il appelle des validations sur des cas d’usage.
Comparaison avec TPU, nylon et PETP : ce que change une encre élastique durable
Dans l’écosystème des matériaux d’impression 3D, les options existent déjà pour le flexible. Le TPU est décrit comme souple, élastique et caoutchouteux, avec une bonne absorption des chocs et une résistance aux impacts, utile en prototypage fonctionnel ou pièces finales souples. Le nylon, lui, vise des pièces solides et durables, plus légères, mais moins orientées caoutchouc. Le PETP met l’accent sur une impression à plus basse température et une résistance à l’humidité.
L’apport des DNGE se situe moins dans l’existence d’un matériau flexible que dans la combinaison revendiquée entre tenue aux chocs et résistance à la fatigue. Pour des applications où une pièce se déforme des milliers de fois, un matériau qui retarde l’endommagement peut réduire les remplacements et stabiliser les performances. L’argument est aussi industriel : si une encre permet d’imprimer des structures aux propriétés réglées, elle peut limiter le besoin de surdimensionner la pièce.
La perspective la plus concrète concerne des composants souples soumis à des cycles, comme des éléments d’amortissement, des pièces de contact ou des assemblages qui plient et reviennent en place. Mais la comparaison avec des matériaux établis rappelle une contrainte : l’adoption dépendra aussi de la facilité d’impression, de la disponibilité et de la compatibilité avec des chaînes de production existantes. Les DNGE promettent un contrôle mécanique accru et une durabilité supérieure, sans que cela suffise, à ce stade, à trancher sur le coût total ou la simplicité d’intégration.
Sources

Je suis passionné par l’univers de l’impression sous toutes ses formes, de l’impression classique aux technologies 3D et 4D les plus innovantes. À travers mes articles, je partage des analyses claires, des conseils pratiques et des décryptages accessibles pour aider les lecteurs à mieux comprendre ces technologies, leurs usages et leurs évolutions, aussi bien dans un cadre personnel que professionnel.