Des chercheurs de Harvard ont mis au point une façon d’imprimer des filaments de robots souples intégrant des canaux creux, pensés pour se déformer de manière ciblée sous l’effet d’air comprimé. L’idée est simple à dire, mais redoutable dans ses conséquences: on fabrique une structure flexible où l’air devient un « moteur » interne, sans pièces rigides ajoutées. Le résultat le plus parlant touche à la mobilité. Des démonstrations sur des robots souples « éversibles », ces tubes qui avancent en se retournant au niveau de leur extrémité, montrent une capacité de rétraction dans des passages plus petits que leur propre diamètre. C’est le genre de détail qui compte quand il faut passer dans une fente: contourner un obstacle ou se retirer sans tout abîmer sur le trajet.
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Harvard ajuste la buse pour façonner des canaux creux
La nouveauté, c’est la maîtrise du futur canal au moment de l’impression. Les chercheurs décrivent un contrôle de l’orientation, de la section et de la position du canal creux, obtenu via la géométrie de la buse et la vitesse d’impression. Dit autrement, on ne se contente pas d’imprimer un « boudin » souple, on dessine à l’intérieur une circulation d’air qui imposera ensuite une courbure ou une contraction précise, au bon endroit.
Cette approche vise un point faible classique des robots souples, la répétabilité. Quand les déformations dépendent seulement du matériau, elles varient vite avec l’usure ou les contraintes. Là, le canal interne sert de guide mécanique. Sous pression, il gonfle et impose une forme, ce qui peut améliorer la précision des gestes, par exemple plier un segment plutôt qu’écraser toute la structure. Le pilotage par air comprimé reste un choix pragmatique, simple à alimenter et à contrôler.
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Il faut garder une nuance: le gain dépendra de la qualité d’impression et de la stabilité du matériau. Un canal mal positionné, une section irrégulière, et la déformation peut partir de travers. La promesse est forte, mais elle place aussi la barre haut sur la fabrication. Dans ce cadre, l’intérêt de l’impression 3D devient évident ; on peut itérer des géométries internes complexes sans ajouter de pièces, ni multiplier les assemblages.
Un canal « kinké » bloque l’air et déclenche la rétraction
Le mécanisme central mis en avant repose sur un « kinking« , un pliage très serré du canal de rétraction au niveau de l’extrémité. Quand ce canal est pressurisé, il se gonfle, se replie et crée un coude à très faible rayon de courbure. Ce coude bloque le flux d’air d’un côté à l’autre, ce qui permet à la pression de monter et d’appliquer une force de rétraction efficace. Le point important, c’est que cette logique ne demande pas de composant additionnel de type bague d’étanchéité.
Les essais décrits donnent un ordre de grandeur concret. Un robot souple éversible de 10 mm de diamètre a été rétracté à travers une fente de 4 mm, donc plus petite que son diamètre. La rétraction combine une pression de 38 kPa dans le canal dédié, tandis que le corps principal reste à moins de 1 kPa. Dans la pratique, la fente augmente la force normale sur la « queue », ce qui accroît la friction, au point qu’un léger tirage manuel a été nécessaire pour finir la sortie.
La comparaison est instructive: sans ce mécanisme de rétraction, tirer seulement sur la queue conduit à des flambages multiples et peut endommager l’environnement. Pour des usages où l’on veut limiter les contacts agressifs, cette différence compte. Mais il y a une limite opérationnelle: la friction et la géométrie du passage peuvent imposer des gestes d’assistance ou des réglages fins de pression. Ce n’est pas une baguette magique, plutôt une méthode plus contrôlable que le « tirage brut ».
Robots éversibles: mobilité fine et contraintes d’air comprimé
Les robots souples éversibles sont souvent présentés comme des systèmes capables de « grandir » au bout, en retournant leur matière. Ici, l’ajout d’un canal de rétraction change la donne: on peut avancer puis revenir en arrière de façon plus propre. En mobilité, ça ouvre des scénarios concrets: passer une ouverture étroite, explorer, puis se retirer sans se coincer. La déformation ciblée par air comprimé devient une manière de transformer un tube souple en outil de navigation.
Les implications se lisent surtout en précision et en sécurité. Un robot qui se rétracte sans buckling réduit le risque d’accrocher ou de pousser des éléments fragiles. Dans un environnement encombré, la capacité à se plier au bon endroit, plutôt que de se contorsionner au hasard, peut améliorer la répétabilité des trajectoires. Le fait que tout reste « fully soft » compte aussi ; pas d’élément rigide qui viendrait heurter. Sur le papier, c’est une amélioration nette de la mobilité fine.
Mais il faut parler du coût caché, l’infrastructure pneumatique. L’air comprimé implique une source de pression, des valves, des tuyaux, et une commande capable de gérer des niveaux comme 38 kPa au bon moment. À petite échelle, l’intégration devient vite un défi, surtout si l’on vise des systèmes autonomes. La technologie progresse sur la géométrie interne et la rétraction, mais l’équation complète dépendra de la miniaturisation et de la robustesse des circuits d’air, sans perdre l’avantage de simplicité mécanique.

Je suis passionné par l’univers de l’impression sous toutes ses formes, de l’impression classique aux technologies 3D et 4D les plus innovantes. À travers mes articles, je partage des analyses claires, des conseils pratiques et des décryptages accessibles pour aider les lecteurs à mieux comprendre ces technologies, leurs usages et leurs évolutions, aussi bien dans un cadre personnel que professionnel.