Deux noms qui sonnent comme des prototypes de labo: Vector et Borealis. Sauf que là, on parle de voitures électriques canadiennes dont le châssis est pensé et fabriqué en impression 3D, pas juste deux-trois petites pièces planquées derrière un pare-chocs. Le principe est simple sur le papier: tu modélises numériquement, tu optimises les formes, puis tu fabriques par fabrication additive avec des polymères renforcés, de l’aluminium et des alliages métalliques.
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Sur le terrain, c’est plus rugueux. L’idée promet moins de pièces à assembler, un poids mieux maîtrisé et des formes impossibles à sortir en emboutissage classique. Mais les coûts restent élevés, les cadences ne suivent pas, et la résistance mécanique à long terme pose encore des questions. Bref: ça impressionne, mais ça ne remplace pas une chaîne de montage demain matin.
Vector: un concept fonctionnel qui vise l’horizon 2030
Vector, c’est le plus réaliste des deux. On le présente comme un concept tourné vers un avenir proche, avec un cap annoncé autour de 2030. Son châssis a été modelé avec l’aide de l’intelligence artificielle, puis imprimé en 3D dans un mélange d’aluminium et de polymère léger. Là où l’industrie imprime souvent des supports, des gabarits ou des pièces isolées, Vector pousse la logique jusqu’à l’architecture du véhicule.
Ce n’est pas une coquille vide pour salon. Vector est décrit comme fonctionnel: carrosserie complète, et une mécanique bien présente – même si, sur un électrique, tout n’est pas rangé sous le capot comme sur une thermique. Le message est clair: on veut prouver qu’on peut concevoir et intégrer un ensemble cohérent, pas juste faire une démo de matériau. Du coup ça sert de vitrine à toute une filière.
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Et côté chiffres, Vector ne vient pas les mains dans les poches. On parle d’un VUS électrique donné pour 650 chevaux, avec une autonomie estimée à 550 km. Il embarque aussi une conduite autonome de niveau 3, le genre de système où tu peux lâcher le volant et quitter la route des yeux dans des conditions bien précises, typiquement sur autoroute. Sur le papier, ça place le concept dans la cour des gros.
Borealis: niveau 5 et alliages complexes, la version qui va très loin
Borealis, c’est l’autre extrême. Même recette de base que Vector – châssis et groupe motopropulseur annoncés comme utilisant l’impression 3D – mais avec des choix de matériaux encore plus ambitieux. Les ingénieurs privilégient des alliages métalliques plus complexes, avec l’objectif d’obtenir un véhicule plus léger et plus sûr. Sur une voiture électrique, grappiller du poids, c’est une obsession: ça joue sur l’efficience, le comportement, et parfois même la taille de batterie nécessaire.
Là où ça devient franchement politique (et un peu science-fiction), c’est la promesse d’une conduite autonome de niveau 5: automatisation totale, sans intervention humaine. Le truc, c’est que le Canada, ce n’est pas la Californie en été. Pour éviter d’être bloqué par la météo et les aléas de route, il est déjà prévu que Borealis communique directement avec les infrastructures de villes intelligentes. En clair: la voiture ne suffit pas, il faut aussi la ville qui va avec.
Si tu compares avec ce qu’on voit d’habitude, la plupart des constructeurs restent prudents: ils impriment en 3D des composants spécifiques, surtout en sport auto ou sur des séries limitées, parce que c’est là que le gain de temps de développement peut valoir l’argent dépensé. Borealis, lui, sert plutôt de démonstrateur: pousser les limites techniques, tester des solutions, montrer ce qu’une filière locale sait faire. Mais entre une promesse de niveau 5 et un produit homologué, il y a un gouffre.
Pourquoi l’impression 3D ne sort pas encore en grande série
Sur le papier, l’impression 3D appliquée à un châssis coche des cases séduisantes: moins de pièces, moins d’assemblage, possibilité d’optimiser le poids et de créer des formes complexes impossibles à obtenir avec des procédés classiques. C’est exactement le genre de liberté de design qui fait rêver les ingénieurs. Tu peux renforcer là où il faut, alléger ailleurs, intégrer des fonctions dans la géométrie plutôt que rajouter des pièces.
Mais soyons honnêtes: aujourd’hui, le frein numéro un, c’est l’économie. Les coûts de production restent élevés, et les cadences sont trop faibles pour imaginer une production de masse. Même dans l’industrie, on met en avant des imprimantes 3D capables de sortir de grosses pièces avec des volumes de construction importants – on parle par exemple de machines autour de 250 litres – et des matériaux techniques type polymères renforcés. Ça aide, mais ça ne transforme pas une imprimante en usine automobile.
Il y a aussi le revers de la médaille: la résistance mécanique à long terme et la reproductibilité qualitative. Imprimer une pièce, c’est bien. L’imprimer 10 000 fois avec exactement les mêmes propriétés, sous contraintes, vibrations, sel, froid, chaleur, c’est une autre histoire. Résultat, la techno a surtout un potentiel très concret sur des séries limitées, des véhicules spécialisés, ou des pièces de rechange.
Vector et Borealis ressemblent à ça: des labos roulants qui testent la chaîne d’approvisionnement locale et la crédibilité technique. Et si un constructeur veut s’en emparer un jour, il faudra avaler pas mal de kilomètres d’essais avant de signer le chèque.

Je suis passionné par l’univers de l’impression sous toutes ses formes, de l’impression classique aux technologies 3D et 4D les plus innovantes. À travers mes articles, je partage des analyses claires, des conseils pratiques et des décryptages accessibles pour aider les lecteurs à mieux comprendre ces technologies, leurs usages et leurs évolutions, aussi bien dans un cadre personnel que professionnel.